

mar. 24 juin
|Visioconférence interactive
Aidants familiaux : Comment se révéler en situation imprévue ?
Visioconférence avec Diotime Lusseyran etJean-Philippe Aurand. Devenir aidant n’est pas seulement une fatalité mais aussi un défit d’humanité à relever individuellement et collectivement. Enjeux et pistes pour faire évoluer les pratiques seront proposés à travers des témoignages.
Heure et lieu
24 juin 2025, 20:00 – 21:30
Visioconférence interactive
À propos de l'événement
Les aidants familiaux sont les proches qui s’occupent de personnes âgées, malades ou en situation de handicap, quelque soit leur âge. Cependant, ce qui va suivre nous concerne tous dans nos relations d’aides. Bien que leur rôle soit crucial, ils sont fréquemment confrontés à la surcharge de travail, au stress émotionnel et à l’épuisement physique. Ces aidants manquent souvent de reconnaissance, de soutien et de ressources adaptées, ce qui peut entraîner des conséquences négatives sur leur santé et leur qualité de vie. Il devient essentiel de mettre en place des dispositifs de soutien qui valorisent leur engagement et facilitent leur quotidien.
Comment aider les aidants à ne pas s’oublier eux même
Lorsque la vulnérabilité survient, les aidants font face à une situation hors norme par essence, qui soulève des problématiques sur tous les plans, des plus pragmatiques et logistiques aux plus éthiques et existentiels.
Les aidants vont devoir s’adapter au plus haut degré. Les adaptations sont si profondes, que l’entourage familial et amical ont parfois du mal à suivre, sans omettre la société dont la plupart des services sont rendus inaptes par la tournure singulière de la situation. Avec le temps, leur expertise devient si pointue, que les aidants témoignent ne plus avoir l’impression de se faire comprendre ni par leurs proches ni par les professionnels et finir par se sentir vraiment seuls. Seuls confrontés aux besoins multiples de l’autre, seuls vivant l’impression d’une impasse quant à la possibilité de passer le relai, seuls avec leur stress émotionnel qui semble impartageable. Dans l’imaginaire collectif, ce n’est pas l’aidant qui souffre et qui a besoin de soutien et pourtant l’épuisement est notable, parfois révélé par de graves soucis de santé.
Comment aider les aidants à ne pas s’oublier eux même si nous les oublions collectivement, ce alors qu’ils soutiennent de tout leur être leur proche coûte que coûte?
Rappelons qu’ils sont les experts de la situation. Et ils le sont probablement parce que c’est la leur aussi dans sa globalité. Globalité que les professionnels du « prendre soins » ont bien du mal à percevoir et encore plus à accompagner car l’organisation, collectivement choisie et établie, dissèque le « prendre soins » : il y a celui qui aide aux douches, celui qui fait les piluliers, celui qui apporte les repas, celui qui gère les paramètres physiologiques, un autre les psychologiques, celui qui éduque… la liste est longue encore pour répondre aux besoins d’un humain. Alors si l’aidant est oublié, au point que son existence est mise entre parenthèses, qui sera là pour coordonner de manière efficiente tous les soins prodigués et ce dans la durée ? Qui sera là pur observer les enjeux multidimensionnels inhérents à la situation et pour en témoigner afin d’éclairer les prises de décisions? Notons que insidieusement, celui qui est vulnérable disparaît alors à son tour derrière la sommes de ses besoins auquel chaque professionnel tache de répondre de son mieux. Ces mêmes professionnels qui ont, pour la plupart, choisi d' aider les autres », que deviennent-ils s’il n’y a plus vraiment d’« Autre » à aider ? Ne s'épuisent-ils pas sous le poids des actes à accomplir au point que pour eux aussi le sens de leur propre existence est remis en question? Ici le point de départ est l’aidant puisque c’est notre sujet, mais le même effet domino aurait probablement pu être décrit en commençant par les personnes vulnérables ou les professionnels. En effet, la vulnérabilité révèle combien nous sommes tous interdépendants.
Quand la vulnérabilité révèle les qualités cachées
Bien que les situations imprévues rencontrées par les aidants familiaux soient souvent source de stress et de fatigue, elles peuvent également offrir des opportunités de croissance personnelle et de découverte de nouvelles ressources internes. Chaque défi, qu’il soit lié à une urgence médicale, à une complication dans l'organisation des soins ou à une difficulté relationnelle, permet à l’aidant de développer des compétences insoupçonnées : une plus grande résilience, une capacité à s'adapter rapidement, à gérer les émotions ou à prendre des décisions sous pression. Derrière la difficulté, l’aidant peut aussi découvrir des qualités cachées en soi, comme la patience, la créativité dans l'organisation ou encore une forme de sagesse face à l'incertitude. Ces moments de tension deviennent des occasions de renforcer la confiance en soi et d’élargir son champ d’action, transformant les épreuves en vecteurs de développement personnel. De plus, cette évolution interne peut également renforcer le lien avec la personne aidée, en lui offrant un soutien plus empathique et solide. Loin d’être uniquement des fardeaux, ces imprévus sont des catalyseurs de transformation qui permettent à l’aidant de se redéfinir et de grandir à travers son engagement.
L’enjeu d’une coordination en continu à domicile et/ou en institution
Un soutien en continu, structuré autour d'un réseau de professionnels et de services adaptés, pourrait alléger considérablement leur fardeau. Il ne s'agit pas simplement d'apporter une aide ponctuelle, mais de créer un accompagnement qui se déploie sur le long terme, capable de répondre aux besoins changeants des aidants et des personnes aidées. Ce réseau pourrait inclure des services de soins à domicile, des plateformes d'échange entre aidants, des conseillers spécialisés ou des interventions d'assistance administrative, pour libérer les aidants des tâches secondaires et leur permettre de se concentrer sur l’essentiel : le bien-être de la personne qu’ils accompagnent. En outre, il est essentiel d'intégrer les proches dans ce réseau, pour partager la charge et offrir un soutien moral continu. Le développement de tels dispositifs renforcerait non seulement la qualité des soins fournis, mais aussi la santé mentale et physique des aidants, en réduisant leur stress et en leur permettant de maintenir un équilibre entre leurs vies personnelles, professionnelles et leur rôle d'aidant.
Pour conclure
Nous sommes probablement nombreux à avoir expérimenté combien la vulnérabilité d’un proche recentre souvent sur l’essentiel dans notre rapport à l’autre et induit spontanément une forme de condensé existentiel. Constater que dans certaines situations contemporaines on puisse observer, au contraire, une perte de sens, doit nous interroger. D’autant qu’aujourd’hui, nous sommes techniquement capables de permettre à une personnes très vulnérable de survivre longtemps. Nous devons nous interroger sur ce que nous sommes aussi en mesure de mettre en œuvre pour permettre à cette même personne et ses proches d’exister dans notre monde moderne.
La proposition, par le biais de ce format en visio, est d’imaginer ensemble comment nous organiser autour de la vulnérabilité en vue de favoriser l’existence et même le développement de chacun et que chaque singularité puisse en retour se mettre au service d’une humanité qui sache l’accueillir. Et qui sait, ce premier échange sera peut être la genèse d’un élan collectif voir de la conception d’une nouvelle forme de coordination en continu à domicile et/ou en institution.
Cette conférence fait partie d'un programme de visioconférences hebdomadaires abordés sous un angle anthroposophique.
Jean-Philippe Aurand
Passionné de qualités sensibles et de nouvelles connaissances issues de l’expérience. Praticien de l’accompagnement, spécialiste de la reconnaissance des compétences, il a monté plusieurs méthodes éprouvées à grande échelle. Après la conduite de projets à l’international, il crée depuis 25 ans des parcours de coaching dans des contextes multidisciplinaires.